[L'AVIATION MILITAIRE]

[L'AVIATION MILITAIRE]
Je regardais
L'aviation militaire
Bombarder
Son sourire
Et je criais
Comme une guerre
Comme un empire
Détrôné
Je crachais le diable
De mon corps
De mes veines bleues
Explosées devant le fort
De ses yeux
Un hiver rouge coulait
Un hiver torride
J'avançais
Vers le trou
Que l'impact a créé
Mais je savais déjà
Le bout de ma pensée
L'adieu
La mort dans
Ses cieux d'or
N'existerait plus
Je regardais
L'aviation militaire
Se tromper d'ennemi
Et avec elle
La fin d'un rêve cartésien.

-Anonyme 1939
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# Posté le jeudi 09 août 2007 10:07

Modifié le jeudi 09 août 2007 10:35

{Instant Magique}

Rugissement.
Main qui vous pousse dans le dos.
Grondements.
Nez qui pointe vers le ciel.
Calme.
Sillons et arbres qui se résolvent en carrés marrons, jaunes et verts.
Crasse et agitation de fourmilière qui disparaît comme par enchantement.
Grisaille et turbulences.
Soudain, un bleu éblouissant, une lumière violente qui inonde une mer de mamelons et de fesses, de creux et de bosses, de pics, de caps, de promontoires et de péninsules improbables.
De nouveau la grisaille et les turbulences.
Sifflements de l'air.
La fourmilière réapparaît.
Les champs et les arbres reprennent une identité.
Choc.
Grondements et tremblements.
Rugissement qui se transforme en miaulement avant de mourir tout doucement.
Nouvelle agitation, bruits, cris, exclamations, sonneries diverses et variées.
Bienvenue de nouveau dans le monde des terriens.
Dans quelques instants le grand oiseau blanc vomira ces petits êtres agités qu'il avait avalés quelques heures plus tôt. Mais parmi tout ceux là, combien auront apprécié la magie du vol ?

- Cangshu, juillet 1990
{Instant Magique}

# Posté le jeudi 09 août 2007 10:10

Modifié le jeudi 09 août 2007 10:35

&L'Oiseau et les Hommes&

&L'Oiseau et les Hommes&
Ils partaient, conquérants d'éther et de soleil,
Les yeux toujours brillants aux étoiles pareils,
S'appuyant sur les vents pour en faire une route,
Bienveillants, attentifs, de l'avant jusqu'aux soutes.

C'étaient des chevaliers, nobles et généreux,
Dans leur grand vaisseau blanc qui écourtait les cieux ;
Accueillants, rassurants, avec un beau sourire,
Ils rapprochaient les terres et ça les faisait rire...

Leur vaisseau ? Un oiseau, du plus blanc, du plus pur
Que l'homme ait façonné, un rêve des plus sûrs
Dans l'imagination à jamais si fertile
Qui voyait s'envoler le plus sauf des asiles.

Des mortels sans compter prenaient du temps au temps
Pour sans cesse chérir l'oiseau au fil des ans,
Chacun savait sa place et chacun savait faire
Comme pour son enfant les gestes salutaires.

Car il devait voler, ce vaisseau de métal,
Franchir toutes les mers dans un bruit infernal ;
Pourtant c'est vers le ciel que son beau fuselage
Se dressait, orgueilleux, en froissant les nuages.

Aussi, jour après jour, toute l'humanité
Qui cajolait ses flancs pouvait se rassurer :
Ceux qui feraient voler dans un cri de victoire
L'oiseau fier et vibrant concouraient à sa gloire !

Capable d'arriver avant d'être parti,
Le vaisseau immortel se savait endurci.
On lui avait donné un nom bien à sa place,
On l'avait baptisé pour qu'il frôle l'espace.

Et c'était chaque jour un moment de fierté
Que d'assister, ému, à l'envol familier ;
La caresse de l'air donnait à sa voilure
Qui s'arrachait du sol une habile cambrure !

Il partait, revenait ; on le voyait souvent
Taquiner de son bec les lointains continents.
Parfois, pour son orgueil, c'était le tour du monde,
Mais c'était enfantin puisque la Terre est ronde...

Je l'ai vu, comme vous, s'élever dans les cieux,
J'ai aimé, comme vous, son voilage audacieux,
Jamais je n'aurais cru qu'un jour le sort se fâche
Sur cette nef du ciel aux si belles attaches...

Ils partaient, revenaient, mais il en manque neuf.
Je suis triste ce soir, mon c½ur est un peu veuf :
La souffrance des uns naît d'absence des autres,
Et l'on n'est jamais soi quand on n'est pas un autre...

-Philippe Espérandieu 1999
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# Posté le jeudi 09 août 2007 10:12

Modifié le jeudi 09 août 2007 10:35

Oo L'AVION L'AVION oO

Oo L'AVION L'AVION oO
"L'avion ! L'avion ! Qu'il monte dans les airs
Qu'il plane sur les monts, qu'il traverse les mers
Qu'il aille regarder le soleil comme Icare
Et que plus loin encore un avion s'égare
Et trace dans l'éther un éternel sillon
Mais gardons lui le nom suave d'avion
Car du magique mot les cinq lettres habiles
Eurent cette vertu d'ouvrir les ciels mobiles."

Guillaume Apollinaire (Rome 1880 - Paris 1918)

# Posté le jeudi 09 août 2007 10:16

Modifié le jeudi 09 août 2007 10:35

>La Poésie des Réacteurs<

Croiser ton regard dans les airs, chère Sandrine, à bord de cet avion en provenance du Caire et sur le point d'atterrir à Orly dans le bruit confus des aérofreins et le sifflement net des réacteurs en décélération (ces stridulations caractéristiques annonçant l'atterrissage d'un aéronef, vrombissements intenses perceptibles par les passagers seulement), croiser ton regard là‑haut dans ce doux bruissement des moteurs disais-je, fut un théâtre intense. Du vrai, du beau tragi-comique avec pour décor tout un paysage, un monde vu d'en haut qu'il fallait coûte que coûte rencontrer sans heurt,sous peine de mort.

Nous étions acteurs charnels, incarnés, vivants et dangereusement proches l'un à côté de l'autre, avec le sol qui grossissait à l'approche de l'aéroport, un monde plus réel que nous ne l'imaginions parce que nos tombes futures étaient en bas, non en l'air. Notre devenir était sous nos pieds, quoi qu'il fût advenu. Telles étaient mes pensées...

Tu m'apparaissais plus belle en plein drame, au seuil de la tourmente (à l'approche du sol je me préparais à mourir comme c'est le cas à chaque atterrissage) !

Et ces bruits aigus de réacteurs -magnifique mugissement de la mécanique apprivoisée-, ces bruits de puissance, de gueules hurlantes muselées, maîtrisées par la main humaine, ces bruits de réacteurs en décélération, olympienne clameur du fer gorgé de feu, cette haleine brûlante enfin que crachait la machine, c'était de la MUSIQUE.

Mieux : du Mozart.

Oui tu étais belle dans cette scène, parce que cette couverture qui te recouvrait, si légère, ténue, aurait pu devenir ton linceul. Tout devenait vertigineux depuis mon siège : le paysage défilant à ma droite, la perspective certes peu probable mais non impossible d'un écrasement en bas, tes yeux furtivement croisés à ma gauche.

Et sous mon masque serein, la tempête.

Bercé par le bruit des réacteurs évoquant le galop aérien de deux pégases, j'attendais le contact libérateur avec le sol, le frisson au ventre... Exquis tourbillons de la chair et de l'âme agitées par des causes suprêmes ! Amour et mal de l'air les secouaient... Sur le point de vomir, entre agonie et éblouissement, effroi et émerveillement, je m'en remettais aux ailes qu'une flamme faisait rugir. Dieu ! Quel concert que ces sifflements ! C'était pour moi l'appel du large, le cri de la liberté, le chant du ciel.

Enchanteurs sont ces engins volants qui décollent avec fureur dans un crachat de fumée et reviennent dociles, gémissants à l'atterrissage ! Ces aigles géants qui rasent les toits avec plein de majesté avant de se fondre dans l'azur sont semblables aux coeurs des hommes en proie à leurs plus chers tourments.

Sandrine, voyager à tes côtés lors de ce vol de retour fut la plus délicieuse épreuve de ma vie.

-Raphaël Zacharie de Izarra, octobre 1980
>La Poésie des Réacteurs<

# Posté le jeudi 09 août 2007 10:23

Modifié le jeudi 09 août 2007 10:35